Le monde de la sculpture est un monde d’ équilibre entre des forces, des sensibilités, des outils et le miracle de la matière.Une matière, qui est en elle-même
spectaculaire, vivante, et l’on peut s’abîmer dans la contemplation d’un beau marbre brut ou de traverses de chemin de fer tordues par des métallurgistes au regard d’ amiante. S’il y a quelque
chose de spectaculaire dans les personnages de Françoise QUINEY, ce n’est pas tant le travail sensible des formes résolues et affinées (quoique toujours un peu grenues, laissant transparaître la
pudeur de ne pas les avoir caressées sans relâche) que cette impression, parfois bouleversante,de tendresse qui en émane. De quiétude. Nous sommes dans un jardin secret. La forme est généreuse,
ample, comme pour mieux saisir les contours de l’intimité, de l’écriture particulière des corps amoureux, parfois monolithiques, l’autre n’est jamais loin, et seul, il contient déjà l’autre. Les
mains sont-elles larges pour mieux caresser ou pour mieux appréhender le monde? S’agit-il de tendresse, de moments passés à contempler, à goûter le temps, à questionner le monde ou leur
expression même, comme des idéogrammes? En somme on y voit plus un langage qu’un style, un langage façonné, puisé dans la terre et dans la vie, le signe d’ un travail essentiel, dont la force est
intérieure et continue , à l’instar d’une torsion de rail dérisoire pour l’esprit. L’émotion n’est pas dérisoire chez Françoise, et à l’évocation de ses plus belles pièces, je peux me
réconcilier avec moi-même pendant des heures.
Remy Pastor